29.06.2020

Avancée décisive concernant l’utilisation de la technique nucléaire pour lutter contre les moustiques à l'aide de drones

Une étude de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) montre que le recours à des drones pourrait permettre d’accroître sensiblement l’efficacité d’une technique nucléaire utilisée pour lutter contre les moustiques transmettant certaines maladies, tout en réduisant les coûts associés.

L’étude publiée dans le journal Science Robotics consistait à tester l’utilisation d’un drone pour larguer des moustiques stériles dans le cadre de la technique dite de l’insecte stérile (Sterile Insect Technique, SIT) – une forme de contrôle des naissances des insectes utilisée avec succès depuis des décennies pour lutter contre les nuisibles agricoles tels que la mouche à fruit de Méditerranée et la mouche tsé-tsé. Au cours des dernières années, les scientifiques ont travaillé sur le développement de la méthode également pour les moustiques.

La technique de l’insecte stérile est une forme de contrôle des naissances utilisant les rayons gamma pour stériliser des moustiques mâles, qui sont ensuite relâchés pour s'accoupler avec des moustiques femelles sauvages. Comme celles-ci ne produisent alors aucune progéniture, la population d'insectes diminue avec le temps. Cette méthode induit une libération uniforme d’un grand nombre d’insectes mâles dans de bonnes conditions, afin que ceux-ci puissent égaler les mâles sauvages. Le prototype de drone, testé au Brésil en 2018, peut transporter jusqu’à 50’000 moustiques stériles par vol, qu’il largue dans un intervalle de temps de 10 minutes au-dessus d’une surface de 20 hectares, sans perte de qualité. Avec leurs longues pattes fragiles et leurs ailes fines, les moustiques peuvent facilement être blessés avec d’autres méthodes de largage dans les airs – par exemple à l'aide d’avions ou de gyroptères, utilisés pour d'autres insectes. Jusqu’à présent, les moustiques mâles stériles étaient largués au sol en recourant à une méthode coûteuse, fastidieuse et chronophage. «Les zones pouvant être couvertes par exemple avec un vol de drone de 10 minutes, prendraient deux heures, et nécessiteraient deux fois plus de personnel dans le cadre d’un largage au sol», expliquait l’auteur principal de l’étude, Jeremy Bouyer, entomologiste médical à la Division conjointe de la Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO)/AIEA sur les techniques nucléaires dans l'alimentation et l'agriculture. «Nous estimons que cette méthode permettra de réduire sensiblement les coûts pour une qualité similaire des insectes stériles», estime M. Bouyer.

D'après l’AIEA, le résultat de l’étude représente une étape importante en vue d’une utilisation à grande échelle de cette méthode pour lutter contre les organismes transmettant la dengue, la fièvre jaune ou encore Zika.

Les drones permettent de réduire les coûts d’utilisation de la méthode de l'insecte stérile (SIT) pour lutter contre la propagation de maladies véhiculées par les insectes.
Source: WeRobotics
Source: 
M.A./C.B. d’après un communiqué de presse de l’AIEA du 18 juin 2020, et Bouyer, J. et al. «Field performance of sterile male mosquitoes released from an uncrewed aerial vehicle», Science Robotics 15 Jun 2020, Vol. 5, Issue 43, eaba6251,DOI: 10.1126/scirobotics.aba6251