22.10.2013

Grande-Bretagne: accord trouvé concernant Hinkley Point C

Le gouvernement britannique et le groupe français EDF SA sont parvenus à un accord sur le financement du projet de nouvelle construction de Hinkley Point C. En choisissant d’intégrer l’énergie nucléaire dans son mix électrique vert, la Grande-Bretagne souhaite renforcer sa sécurité d’approvisionnement à long terme, réduire ses émissions de CO2 et comprimer ses coûts énergétiques.

A l’issue de plusieurs mois de négociations, le gouvernement britannique et EDF ont annoncé le 21 octobre 2013 être parvenus à un accord concernant les principaux points du contrat d’investissement pour la construction de la centrale nucléaire de Hinkley Point C. EDF prévoit de construire deux EPR d’une puissance électrique nette de 1600 MW chacun à 45 km au sud-ouest de Bristol, dans le comté du Somerset (Angleterre), le long du canal de Bristol. Pour EDF, cet accord renforcera la confiance des investisseurs et les incitera à participer à la construction de la nouvelle centrale, et à contribuer ainsi à fournir un approvisionnement électrique sûr, fiable et pauvre en CO2. EDF a qualifié l’accord de «juste et équilibré» à la fois pour les consommateurs et pour les investisseurs. La centrale nucléaire sera mise en service dans dix ans environs et produira de l’électricité à des prix stables et prévisibles conformément au «contrat d’écart compensatoire» (Contract for Difference, CfD) conclu. Aux termes d’un CfD, l’investisseur a un accord avec son intermédiaire financier stipulant que la différence, gain ou perte, résultant de la transaction sera créditée ou débitée sur son compte. Concrètement, les consommateurs paieraient la différence si le prix sur le marché de la production électrique tombait en dessous d’un prix de base déterminé (prix d’exercice). En revanche, si le prix du marché dépassait celui-ci, les électriciens prendraient en charge la différence. Ce mécanisme de compensation croisée s’appliquera pour une durée de 35 ans à compter de la mise en service.

La fixation d’un prix de base fait partie des points importants de l’accord. Ainsi, celui-ci s’élève à 92,50 livres sterling par MWh (CHF 135 par MWh). Si EDF décidais également de mettre en œuvre son second projet de construction d’EPR, Sizewell C, sur la côte est de l’Angleterre, le prix de base applicable pour Hinkley Point C serait abaissé à 89,50 livres par MWh (CHF 130). En effet, la réduction s’expliquerait par le fait que les expériences acquises à Hinkley Point C seraient utilisées à Sizewell C, ce qui induirait une baisse des coûts. Cette baisse serait également répercutée sur la facture des consommateurs. EDF a par ailleurs indiqué que les économies éventuellement réalisées lors de la construction de Hinkley Point C se traduiraient elles aussi par une baisse du prix de base pour les consommateurs.

Plusieurs investisseurs

Les coûts de construction des deux premières tranches EPR de Grande-Bretagne sont estimés à 16 milliards de livres sterling (env. CHF 23 mia.). EDF et ses partenaires d’investissement se répartissent la responsabilité du projet Hinkley Point C. Dans l’état actuel des choses, la part d’EDF s’élève à 45-50%. Suivent Areva (10%) puis les entreprises chinoises China General Nuclear Corporation (CGN) et China National Nuclear Corporation (CNNC), qui participent ensemble à hauteur de 30 à 40%. EDF mène actuellement des discussions avec d’autres investisseurs.

Des créations d’emplois, moins de CO2

Environ 25’000 emplois seront créés dans le cadre de la construction de Hinkley Point C et de l’infrastructure requise, et 5600 personnes travailleront directement sur le chantier dans les périodes de pointe. Au cours des 60 années d’exploitation prévues, 900 personnes seront employées dans la centrale. D’après des informations du ministère britannique de l’Energie, les deux tranches permettront l’approvisionnement en électricité 6 millions de foyers, soit une région deux fois plus grande que Londres. Elles couvriront ainsi environ 7% de la consommation électrique indigène et permettront de réduire de 9 millions de tonnes par an les émissions de CO2. Hinkley Point C est le premier projet de nouvelle construction en Grande-Bretagne depuis la mise en service de Sizewell B en 1995. L’île compte actuellement 16 tranches nucléaires en exploitation, dont la plupart seront déconnectées du réseau dans les années 2020 car elles arrivent en fin de vie, et seront alors remplacées par des nouvelles. 

Des soutiens de toutes parts

Le Premier ministre David Cameron estime que l’accord permet d’introduire une nouvelle génération de technique nucléaire avancée en Grande-Bretagne, génération qui contribuera de manière significative à la sécurité d’approvisionnement du pays dans le futur. L’accord a été salué par différents cercles politiques et économiques. Le parti d’opposition (Labour) est globalement favorable au nucléaire. D’après lui, l’énergie nucléaire «n'est pas la seule réponse, mais elle jouera un rôle important dans l’avenir de la Grande-Bretagne».

D’après la Confédération de l’industrie britannique, les investissements dans les nouvelles centrales nucléaires aideront à amortir les conséquences des coûts croissants de l’énergie. Le syndicat «Unite» s’est quant à lui réjoui que le gouvernement s’engage en vue de la stabilité et de la sécurité dont le pays a besoin pour faire face aux défis colossaux du secteur énergétique.

Source: 
M.B./C.B. d’après des communiqués de presse d’EDF et du gouvernement britannique, de Labour, de Unite et de CBI du 21 octobre 2013