15 ans après Fukushima: sécurité, technologie et nouvelles réalités 

En 2011, la catastrophe de Fukushima a marqué les débats politiques autour de l’énergie. Quinze ans plus tard, les normes de sécurité, les technologies et le contexte international ont bien changé. La recontextualisation de cet anniversaire se doit de tenir compte des événements d’alors comme des réalités d’aujourd’hui. 

5 mars 2026
Prélèvement d'échantillons d’eau de mer près de la centrale Fukushima-Daiichi
Depuis août 2023, de l’eau filtrée et diluée provenant de la centrale de Fukushima-Daiichi est rejetée dans l’océan Pacifique. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) analyse aussi des échantillons d’eau de mer. Toutes les analyses montrent que la teneur en tritium est inférieure à la limite de rejet admissible.
Source: Tepco

Le 11 mars 2011, un violent séisme secoue le Japon et entraîne un raz-de-marée qui ravage de vastes zones côtières. Cette double catastrophe naturelle fait près de 18 000 morts et provoque la fonte du cœur de plusieurs réacteurs de la centrale de Fukushima-Daiichi.

Selon les connaissances actuelles, aucun de ces décès n’est directement imputable à l’exposition aux rayonnements. Des instances internationales comme le Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont parvenues à la conclusion que les doses d’irradiation étaient trop faibles pour provoquer une hausse statistiquement démontrable des problèmes de santé. Les évacuations et les dommages dus à ce désastre ont engendré des souffrances sociales et psychologiques bien plus graves.

Sécurité et progrès technologiques depuis 2011

À l’échelle mondiale, la catastrophe de Fukushima a suscité l’une des revues de sécurité les plus exhaustives de l’histoire de l’énergie nucléaire civile. Les installations, les principes de conception et les plans d’urgence ont été examinés d’un œil critique et perfectionnés. La Suisse aussi a procédé à des contrôles supplémentaires. Cela a permis d’établir que les centrales nucléaires suisses possédaient avant 2011 des systèmes de sécurité centralisés, dont plusieurs systèmes de secours et de refroidissement redondants, des systèmes d’urgence bunkerisés, des recombinateurs à hydrogène et des dispositifs de décompression filtrée. Après Fukushima, d’autres mesures ont été mises en œuvre, notamment un entrepôt décentralisé pour les situations d’urgence, des moyens d’approvisionnement externes supplémentaires et des analyses poussées de phénomènes naturels extrêmes tels que les séismes et crues. La sécurité n’est pas un état de fait, c’est un processus continu d’inspection et d’amélioration.

Le nucléaire a aussi évolué sur le plan technologique. Les nouvelles générations de réacteurs disposent de systèmes de sécurité passive supplémentaires et de plans d’urgence améliorés. Des audits de sécurité plus approfondis sont réalisés. Les systèmes de surveillance numérique et les évaluations probabilistes de sécurité ont été affinés. L’accident de Fukushima n’a pas entraîné de sortie généralisée du nucléaire. Plus de 30 pays continuent d’exploiter l’énergie nucléaire et de nombreux États prévoient de construire de nouvelles centrales ou poursuivent leurs programmes existants.

Salle de commande
Redémarrage de la tranche 6 de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwale 9 février 2026 pour un essai de fonctionnement.
Source: Tepco

Évolution internationale et débats actuels 

Au Japon, cette tendance est flagrante. Début février 2026, le réacteur 6 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa (la centrale la plus puissante au monde) a atteint la criticité dans le cadre d’un essai après d’importants travaux de rénovation et de modernisation. Après environ 14 années d’arrêt, l’objectif est de monter progressivement en puissance afin de reprendre l’exploitation commerciale. La remise en service a eu lieu dans le respect de normes de sécurité renforcées après des contrôles réglementaires rigoureux. Malgré le souvenir de Fukushima, le Japon continue de miser sur le nucléaire en mettant à jour ses normes.

La Suisse est finalement le seul pays à avoir décidé d’abandonner progressivement le nucléaire après l’accident de Fukushima (l’Allemagne avait pris la même décision dès 2002, avant de revenir dessus en 2010; l’abandon du nucléaire a été définitivement entériné après Fukushima).

Quinze ans plus tard, d’autres aspects sont mis en avant : la garantie de l’approvisionnement énergétique à long terme (notamment en hiver), la réduction des gaz à effet de serre ou encore la stabilité du système électrique. C’est dans ce contexte que s’inscrit la levée de l’interdiction pour de nouvelles centrales nucléaires, actuellement en débat au Parlement. Il ne s’agit pas ici de valider coûte que coûte de tels projets, mais plutôt de savoir si le recours à une technologie assortie de très hautes exigences de sécurité doit demeurer une option.

La date anniversaire de l’accident de Fukushima commémore un événement marquant. Toutefois, ces quinze années de recul montrent que les normes de sécurité, les capacités technologiques et la situation du secteur énergétique ont considérablement évolué. Une discussion objective doit pouvoir prendre en compte les enseignements de 2011 et les réalités actuelles.

Auteur

Stefan Diepenbrock, chef de la communication

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