Avenir énergétique: pour la liberté de décision

Les opposants à l’énergie atomique agitent le spectre de la construction imminente de nouvelles centrales nucléaires – alors qu’il ne s’agit en réalité que de la liberté d’envisager à nouveau la réalisation de ce type d’installations.

13 janv. 2026
Stefan Diepenbrock, Responsable de la communication au Forum nucléaire suisse
Stefan Diepenbrock, Responsable de la communication au Forum nucléaire suisse
Source: Forum nucléaire suisse

La Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie du Conseil des États (CEATE-E) a commencé à débattre de la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires. Cela a remis sur le devant de la scène une vieille question qui est traitée de manière étonnamment émotionnelle, alors même qu’il ne s’agit pas de se prononcer sur la construction de nouveaux réacteurs, mais uniquement de savoir si la Suisse veut ou non avoir la possibilité de prendre un jour ce genre de décisions.

Dès que le mot «nucléaire» est prononcé, le débat prend automatiquement une tournure très particulière: les opposants brandissent le «scénario d’horreur» de la construction imminente d’une centrale nucléaire, avec à la clé des coûts de plusieurs milliards pour les contribuables et des risques sécuritaires, sans oublier le problème encore irrésolu des déchets. C’est ainsi qu’une question factuelle fait naître une réaction émotionnelle de rejet.

Mais une telle argumentation passe à côté de l’essentiel. La question n’est pas de savoir s’il faut construire une nouvelle centrale nucléaire demain, mais si nous voulons prendre aujourd’hui la responsabilité d’interdire aux générations futures de réfléchir à une telle possibilité. Et c’est précisément là que réside le problème : il peut y avoir des arguments qui s’opposent à un projet de construction donné. Mais il n’y en a guère qui justifient que l’on interdise par principe une technologie. En l’occurrence, la décision prise naguère de stopper le progrès via des dispositions légales n’est pas de la prudence, mais de l’immobilisme par décret.

Coûts : résoudre les problèmes au lieu d’interdire la technologie

L’argument des coûts a le vent en poupe. «Trop cher, trop complexe, inadapté au marché» – tel est le raisonnement standard. Oui, c’est vrai : par le passé, certains projets ont connu des dépassements de coûts massifs. Mais ceux-ci étaient moins dus à la technologie qu’aux circonstances: procédures complexes, incertitude politique, mais aussi manque de connaissances et mauvaise gestion de projet. Ce sont précisément ces facteurs qui peuvent être corrigés. Des méthodes de construction standardisées, des concepts modulaires et des conditions-cadres fiables peuvent réduire considérablement les coûts et surtout stopper leur dépassement. Il ne fait aucun doute que l’industrie nucléaire a un rôle à jouer dans ce domaine. Mais interdire la technologie n’est pas une solution, c’est une capitulation.

Quiconque est confronté à l’argument des coûts lors d’une discussion peut demander avec assurance: depuis quand interdisons-nous des technologies uniquement parce qu’elles manquent encore d’efficacité? Personne n’aurait lancé la transformation numérique si l’on s’était focalisé exclusivement sur les premiers échecs et le niveau élevé des investissements. Les nouveaux systèmes étaient coûteux, les atteintes à la sécurité des données fréquentes, les adaptations pénibles, et pourtant on a continué à avancer, à améliorer, à apprendre. Aujourd’hui, les technologies numériques constituent une évidence, elles sont efficaces et indispensables. C’est exactement ainsi que fonctionne le progrès, y compris dans le domaine de l’énergie: par le développement, pas par des interdictions.

Durées de construction: sans commencement, pas d’achèvement
«Tout cela prend trop de temps», entend-on dire souvent. Cet argument aussi semble raisonnable, mais il empêche la réflexion à long terme. Certes, les grands projets sont complexes. Mais là encore, leur durée n’est pas un argument pour les interdire. Au contraire: c’est justement parce que la mise en place d’une nouvelle infrastructure électrique prend des années qu’il faut dès aujourd’hui s’assurer que toutes les options restent ouvertes.

Et de manière générale: trop de temps pour quoi? Pour atteindre les objectifs climatiques fixés pour 2050, dans l’hypothèse où une nouvelle centrale nucléaire n’était raccordée au réseau qu’après 2040 ou 2050? L’année 2050 n’est pas une ligne d’arrivée, mais une étape sur une longue route. Les besoins en électricité ne vont pas se figer pour l’éternité à cette date. Ils continueront de croître au rythme de l’électrification des transports, du chauffage et de l’industrie. Ceux qui disent que de nouvelles centrales nucléaires arriveraient «trop tard» devraient donc expliquer par rapport à quoi exactement. Peut-être pour l’hiver prochain – mais certainement pas pour l’avenir énergétique des générations futures. Si l’on entend dire que les nouvelles centrales nucléaires «arrivent trop tard», on peut rétorquer : elles arriveront encore plus tard si on ne nous laisse même pas le droit de commencer à les envisager.

Sûreté: le progrès plutôt que la peur

Les préoccupations sécuritaires méritent le respect et doivent être prises au sérieux. Mais elles ne justifient pas une interdiction générale. Car la réalité est claire : aucun domaine de l’industrie n’est aussi strictement réglementé, contrôlé et mis en réseau au niveau international que la technologie nucléaire. Les normes de sûreté mondiales de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la surveillance exercée par des autorités indépendantes et des décennies d’expérience en matière d’exploitation ont rendu les accidents graves extrêmement improbables.

Les nouveaux concepts de réacteurs misent sur des systèmes de sûreté passifs qui, en cas d’urgence, s’arrêtent d’eux-mêmes, sans intervention humaine. Et l’autorité de surveillance nucléaire suisse, l’IFSN, est considérée comme l’une des plus strictes au monde.

À ceux qui prétendent que l’énergie nucléaire n’est pas «sûre», il faudrait donc demander: pas sûre par rapport à quoi ? Par rapport aux importations de gaz fossile? Par rapport à un réseau électrique qui fonctionne à ses limites en hiver? La sécurité consiste à connaître les risques, à les maîtriser et à assumer pleinement les responsabilités qui en découlent.

Déchets: un problème qui peut être résolu

La question des déchets radioactifs est souvent utilisée comme joker – c’est-à-dire comme l’argument qui l’emporte sur tous les autres. Mais en réalité, la gestion de ces déchets est en bonne voie depuis longtemps. Avec son projet de construction d’un dépôt en couches géologiques profondes, la Suisse met en œuvre une procédure clairement réglementée, fondée sur une approche scientifique rigoureuse et considérée comme exemplaire au niveau international. Ce projet est ambitieux, certes, mais il montre exactement ce que l’on peut attendre d’une technologie responsable: qu’elle résolve ses problèmes au lieu de les refouler.

Celui qui évoque la question des déchets peut affirmer sereinement qu’il existe aujourd’hui des solutions technologiques éprouvées, reconnues au niveau international, qui permettent de résoudre ce problème. Ceux qui prétendent le contraire refusent de voir la réalité ou cherchent à bloquer le débat.

L’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires était une réaction politique à la peur. En 2011, cette approche était peut-être compréhensible, mais aujourd’hui, elle est dépassée. Pénurie d’électricité, objectifs climatiques, sécurité d’approvisionnement : les défis actuels exigent plus d’ouverture, et non davantage de tabous. La levée de cette interdiction ne constitue pas un blanc-seing pour la construction de nouveaux réacteurs, mais un signe de confiance dans nos institutions, nos compétences technologiques et notre capacité à prendre les décisions futures de manière responsable.

Ce qui compte maintenant

Si le débat se poursuit au cours des prochains mois, nous devrons garder une chose à l’esprit: il ne s’agit pas de dire aujourd’hui oui ou non à un projet donné de centrale nucléaire. Il s’agit de savoir si nous pourrons encore prendre ce genre de décisions à l’avenir.

Certains opposants misent sur la force des émotions, en particulier sur la peur, plutôt que sur la rationalité. Il est donc d’autant plus important que les personnes qui connaissent véritablement le sujet s’investissent en argumentant calmement et objectivement sur la base des faits.

Parler de la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, c’est parler non pas de béton et de chantiers, mais de responsabilité, d’avenir et de confiance dans la capacité de jugement de la population. Ce débat a besoin de voix qui ont le courage de le placer au bon niveau.

Car l’attitude la plus raisonnable est aussi la plus simple: la Suisse n’a pas besoin de la garantie que de nouvelles centrales nucléaires seront construites, mais elle doit avoir la liberté de pouvoir, un jour, examiner à nouveau l’opportunité de telles installations. (D.B.)

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