Cameco sur l’aire de départ
Les milliards investis dans de nouvelles installations nucléaires pourraient bien gonfler la demande d’uranium, ce dont profiteront les géants miniers tels que Cameco. Raison de plus de nous intéresser de plus près à cette compagnie canadienne.
L’uranium serait une matière première très demandée. A court terme, on ne remarque cependant pas grand-chose sur les marchés. La livre d’oxyde d’uranium est actuellement cotée entre 40 et 45 dollars (43 et 48 francs) – un niveau déjà atteint au printemps 2006. La tendance à la hausse s’était alors accélérée en raison notamment d’achats spéculatifs de la part de sociétés financières. Le prix de l’uranium a atteint un sommet de 140 dollars (150 francs) vers la mi-2007. Et à ce propos, à l’instar de ce que les juges avaient pu constater dans la procédure d’insolvabilité de Lehman Brothers, la société d’investissement américaine en question s’était, elle aussi, ravitaillée en uranium.
Les experts en matières premières estiment pour la plupart qu’en dépit de la rupture actuelle, le prix de l’uranium continuera à grimper à long terme. En effet, quelque 500 nouvelles centrales nucléaires sont en voie de construction ou de planification. Jerry Grandey, CEO de Cameco, évoque un avenir plus que prometteur: «We are among the world’s largest players in a market where demand is growing, and it is clear there will be a shortage of supply.» [Nous comptons parmi les principaux joueurs mondiaux sur un marché où la demande ne cesse de croître, et il est évident qu’il y aura pénurie d’approvisionnement]
Jerry Grandey se fonde, d’une part, sur les prévisions de l’OCDE; la croissance démographique et le développement industriel à l’horizon 2030 conduiront au doublement des besoins en électricité. «Parallèlement, gouvernements, médias et consommateurs prennent conscience des dangers liés à la pollution de l’air et au changement climatique ainsi que de la place dévolue aux sources d’énergie pauvres en émissions de CO2.» Le nucléaire est une énergie propre et abordable. La Chine construira au moins 42 nouvelles tranches d’ici à 2019, tandis que 13 nouveaux réacteurs sont prévus en Inde pendant ce même laps de temps.
Le CEO de Cameco se réfère, d’autre part, aux projets concrets de la Grande-Bretagne et à la fin prochaine de la stagnation aux USA. Selon lui, les sources d’approvisionnement primaires par les mines sont appelées à gagner en importance, à mesure que s’amenuiseront les sources secondaires provenant essentiellement des arsenaux militaires.
En tant que producteur de matière première pour l’industrie nucléaire, Cameco suit le groupe Rio Tinto en deuxième position. Son chiffre d’affaires de l’année dernière a été de 2,315 milliards de dollars (2,49 milliards de francs), ce qui équivaut à une croissance de 6%. Le géant canadien assure actuellement 15% de la production minière annuelle. Cameco est né en 1988 de la fusion des compagnies Eldorado Mining and Refining Limited et Saskatchewan Mining Development Corporation. Le groupe minier exploite des mines d’uranium en Amérique du Nord et au Kazakhstan ainsi que des raffineries pour l’enrichissement d’uranium.
Employant quelque 1800 personnes, Cameco a l’intention de doubler l’extraction d’uranium d’ici 2018. Que la compagnie dispose désormais d’une agence en Inde souligne l’importance des pays émergents. Des succursales sont également implantées en Grande-Bretagne et en Suisse (Zoug).
La valeur en bourse de Cameco est évaluée aujourd’hui à 10,7 milliards de francs suisses. C’est là l’indice d’une estimation discrète puisque le rapport cours bénéfice est de 21 (pour l’estimation du bénéfice 2010) ou de 16 (pour l’estimation du bénéfice 2011). Cameco figure en 8e position (avec un poids de 2,9%) dans le Nuclear Energy Index de la WNA. L’action est négociée sur diverses places boursières dont New York, Toronto, Francfort et Düsseldorf (ISIN: CA13321L1085).
De nombreux analystes – dont Brian McArthur, analyste à l’UBS – partagent les prévisions optimistes des dirigeants de Cameco. Il classe l’action Cameco parmi celles à acheter.
Source
Hans Peter Arnold/P.V.