Japon: du gaz onéreux pour remplacer l'atome indigène

L'approvisionnement énergétique du Japon se trouve sur le fil du rasoir: après l'accident de Fukushima-Daiichi, les centrales nucléaires ont quasiment toutes été mises à l'arrêt, les unes après les autres. On ignore si elles seront remises en service et, si tel est le cas, à quel moment. Parallèlement, les centrales alimentées au combustible fossile ont atteint leurs limites de performance. La menace de l'exil pèse désormais sur l'industrie nationale.

21 févr. 2012

Jusqu'à la catastrophe naturelle du 11 mars 2011, quelque 30% de l'énergie électrique du Japon étaient d'origine nucléaire. Le tsunami a détruit quatre réacteurs à Fukushima-Daiichi. Moins d'une année plus tard, seules trois installations sur les 50 que compte encore le parc nucléaire sont actuellement exploitées. Le gouvernement japonais a ordonné l'arrêt, pour une durée indéterminée, de douze tranches sur la côte orientale. Les autres ont été peu à peu découplées du réseau pour des travaux de maintenance périodiques. Les trois tranches restées en service devront elles aussi subir des révisions au cours des deux mois à venir. Le Japon est placé devant le défi de maîtriser, éventuellement sans centrales nucléaires, les pics de consommation de l'été prochain. (Takahama 3 a été arrêtée le 20 février 2012 pour des travaux de maintenance programmés. Seules deux tranches restent ainsi en service. La rédaction)

Test de stress avant le redémarrage

En marge de la réunion PIME (Public Information Materials Exchange der European Nuclear Society) qui a eu lieu cette année à Varsovie, Takuya Hattori, président du Jaif (Japan Atomic Industrial Forum) a déclaré «qu'avant de pouvoir redémarrer, les centrales nucléaires du Japon devront toutes se soumettre à un test de stress, similaire à celui de l'UE». L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) contrôlera les résultats. Au cours d'une procédure en plusieurs étapes, la nouvelle autorité de surveillance nucléaire – réorganisée à compter du 1er avril 2012 sous le nom de NSC (Nuclear Safety Commission) pour prendre la relève de la Nisa (Nuclear and Industrial Safety Agency) –, les ministères compétents et le Premier ministre devront tous donner leur feu vert. Or cette procédure prendra du temps.

Selon les indications fournies par Hattori, un tiers des centrales nucléaires avaient déjà soumis à la Nisa leur rapport sur le test de stress à mi-février 2012. Les mesures immédiates portent sur la protection des installations contre les inondations, par exemple l'étanchéisation des bâtiments importants en termes de sûreté, la construction de murs de protection contre les tsunamis et la mise à disposition de générateurs de secours mobiles, susceptibles d'assurer l'alimentation électrique de secours des installations concernées, même après une catastrophe naturelle majeure. Les deux premières tranches Ohi 3 et 4 ont entre-temps passé avec succès le contrôle de la Nisa et de l'AIEA, et leur dossier a été transmis à la NSC.

La décision finale appartiendra aux autorités locales

Hattori a souligné que le feu vert éventuel accordé par le gouvernement japonais n'équivalait pas encore à une autorisation de remise en service. «La décision finale appartiendra au gouverneur de la Préfecture qui abrite la centrale nucléaire. Il peut empêcher le redémarrage, même si les autorités nationales ont précédemment donné leur feu vert.» Il n'existe pas d'indemnisation obligatoire des exploitants privés dans l'éventualité d'un non politique. Hattori ne se hasarde à aucune prévision quant à la décision que prendront les autorités locales.

Les réserves de production sont épuisées

L'approvisionnement électrique du Japon se trouve ainsi sur le fil du rasoir. Les importations de courant sont impossibles puisque l'Etat insulaire n'a pas de réseau d'interconnexion avec d'autres pays. Les électriciens sont obligés de recourir à de vieilles centrales fossiles qui servent en principe à couvrir les pics de consommation. Mais elles fonctionnent toujours plus souvent 24 heures sur 24. «Pendant les périodes de pointe, 97% de nos capacités de production sont aujourd'hui couplées au réseau», précise Hattori. «La marge est extrêmement faible, et la moindre défaillance d'exploitation se transforme aussitôt en problème.» Les centrales fossiles doivent, par ailleurs, être mises à l'arrêt elles aussi pour des travaux de maintenance périodiques.

Certes, l'approvisionnement a été plus ou moins rétabli après la cascade de pannes d'électricité survenues dans l'agglomération de Tokyo dans les semaines ayant suivi le grand séisme. Mais Hattori ajoute que déjà l'été dernier, alors que la chaleur humide faisait tourner les climatiseurs à plein régime, certaines usines avaient fait travailler les équipes de la semaine pendant le week-end afin de délester les réseaux. Les électriciens ont par ailleurs commencé à développer des capacités supplémentaires dans les centrales à gaz. Cela suffira-t-il à couvrir les pics de consommation attendus pour l'été prochain? Hattori laisse la question ouverte. «Le gouvernement n'a pas encore décidé comment il allait maîtriser la situation.»

Les importations de gaz font basculer la balance commerciale

Les conséquences économiques de l'arrêt des centrales nucléaires sont en revanche bien visibles: pour la première fois depuis plus de 30 ans, le Japon enregistre un déficit de son commerce extérieur, causé entre autres par l'augmentation massive des importations de gaz liquide pour la production d'électricité. Transporter le gaz liquide par bateau coûte cher, et les électriciens japonais se retrouvent en outre liés par des contrats à long terme couplant le prix du gaz à celui du pétrole. «La situation est devenue si difficile qu'il y a risque de délocalisation à l'étranger des chaînes de production japonaises», a mis en garde Hattori.

Takuya Hattori , président du Jaif: la crise de l'électricité menace l'économie du Japon.
Takuya Hattori , président du Jaif: la crise de l'électricité menace l'économie du Japon.
Source: Forum nucléaire suisse

Source

M.S./P.V. d'après un entretien avec le président du Jaif, Takuya Hattori, du 13 février 2012

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