Le gouvernement britannique invite à investir dans de nouvelles centrales nucléaires

Pour le gouvernement britannique, les centrales nucléaires font partie de la stratégie à adopter en matière de mix énergétique. Source d’énergie diversifiée et pauvre en carbone, le nucléaire doit continuer de contribuer à l’approvisionnement sûr et économique de la Grande-Bretagne. C’est pourquoi le gouvernement a présenté le 10 janvier 2008 à la Chambre basse une nouvelle loi sur l’énergie réunissant les bases juridiques qui permettront de procéder à des investissements dans de nouvelles centrales nucléaires notamment. Des entreprises énergétiques allemandes, britanniques et françaises ont déjà fait part de leur intérêt concernant la construction de ces nouvelles centrales nucléaires. La première pourrait être mise en service industriel dès 2018.

23 janv. 2008
John Hutton, secrétaire d'Etat à l'énergie: «C'est dans l'intérêt absolu à long terme de notre pays que d'aller aujourd'hui de l'avant si l'on veut que l'énergie nucléaire joue un rôle en matière d'approvisionnement de la Grande-Bretagne en énergie propre, sûre et abordable.»
John Hutton, secrétaire d'Etat à l'énergie: «C'est dans l'intérêt absolu à long terme de notre pays que d'aller aujourd'hui de l'avant si l'on veut que l'énergie nucléaire joue un rôle en matière d'approvisionnement de la Grande-Bretagne en énergie propre, sûre et abordable.»
Source: BERR

En mai 2007, le gouvernement travailliste, dirigé encore à l'époque par Tony Blair, avait mené une consultation publique sur une nouvelle stratégie énergétique qui devait relever un double défi: lutter contre le changement climatique, et assurer un approvisionnement en énergie abordable. La poursuite de l'utilisation du nucléaire en Grande-Bretagne constituait l'une des questions politiques clés. Pour le gouvernement actuel, dirigé maintenant par Gordon Brown, le résultat de la consultation est clair et a été repris dans le nouveau Livre blanc sur l'énergie nucléaire qu'il a été présenté le 10 janvier 2008 à la Chambre basse en même temps qu'une nouvelle loi sur l'énergie. En deuxième lecture, la Chambre basse a transmis cette loi le 22 janvier à sa commission compétente qui devra l'examiner jusqu'au 11 mars. Si la Chambre basse donne son accord en troisième lecture, le projet passera à la Chambre haute.

En adoptant cette attitude positive sur la construction de nouvelles centrales nucléaires, le gouvernement sait qu'il est appuyé par la majorité de la population, comme le confirment non seulement des sondages d'opinion, mais aussi les réactions enregistrées dans le cadre de la consultation. Le parti conservateur, actuellement dans l'opposition, offre lui aussi un soutien de principe, ainsi que l'a montré le débat du 22 janvier. Le gouvernement escompte toutefois une certaine résistance dans ses propres rangs et de la part des députés écossais. Greenpeace a également annoncé qu'elle allait épuiser tous les moyens juridiques.

30 GW en 20 ans

Lors de la présentation du Livre blanc sur l'énergie nucléaire et de la nouvelle loi sur l'énergie, le secrétaire d'Etat John Hutton, chef du Département du commerce, de l'entreprise et de la réforme réglementaire (BERR), compétent pour les questions d'énergie, a prévenu que le temps était maintenant venu d'agir. La Grande-Bretagne devra remplacer dans les 20 prochaines années un tiers environ de son parc électrique actuel, à savoir 12 GW d'origine fossile pour des raisons de protection de l'environnement, et quelque 10 GW provenant de centrales nucléaires parvenues à la fin de leur durée de vie. Si rien n'est entrepris, le pays ne disposera plus que d'une seule centrale nucléaire à partir de 2023 (Sizewell-B, 1188 MW, REP). Pour garantir l'approvisionnement, les électriciens devront installer 30 à 35 GW de nouvelles capacités électriques. Il est dans l'intérêt à long terme du pays qu'une partie de ces capacités nouvelles soit d'origine nucléaire, a déclaré John Hutton, qui estime que le recours au nucléaire est «impératif».

Pour le gouvernement, l'objectif de cette nouvelle loi sur l'énergie est d'une part de promouvoir le développement de sources d'énergie renouvelables - mais aussi d'investissements dans la rétention du carbone émanant de centrales fossiles. Le gouvernement est persuadé par ailleurs qu'en tant que source d'énergie pauvre en carbone, les centrales nucléaires doivent continuer de jouer un rôle dans le mix énergétique dans la mesure où elles comptent parmi les sources d'électricité pauvres en carbone les plus économiques. L'énergie nucléaire couvre depuis des décennies déjà un cinquième environ des besoins en électricité du pays, elle est sûre et fournit une contribution importante à la diversification de l'approvisionnement.

Les investissements dans le nucléaire doivent être facilités

John Hutton a assuré que le gouvernement s'engagera pour aplanir les difficultés des entreprises énergétiques privées qui veulent investir dans de nouvelles centrales nucléaires. Il va simplifier la procédure d'autorisation et s'en tiendra à la taxe sur le carbone pour les centrales thermiques fossiles. Mais le gouvernement ne veut fixer ni le nombre de projets, ni la part future de l'énergie nucléaire dans le mix électrique. C'est le marché qui décidera, la nouvelle loi créant seulement des conditions-cadres favorables. Cette loi garantira également le financement de la désaffectation des nouvelles centrales nucléaires, ainsi que l'évacuation des déchets par les exploitants, a précisé le secrétaire d'Etat.

Calendrier rigoureux jusqu'à la première mise en service

Le nouveau Livre blanc sur l'énergie nucléaire esquisse le calendrier qui devrait être suivi depuis la promulgation de la nouvelle loi sur l'énergie, début 2008, jusqu'à la mise en service dans dix ans d'une nouvelle centrale nucléaire.

Le gouvernement élaborera en février/mars 2008 la réglementation relative au financement de la désaffectation et de la gestion des déchets et créera un nouvel organisme indépendant - le Nuclear Liabilities Financing Assurance Board - qui ne s'occupera que des nouvelles installations. Les 20 centrales nucléaires actuelles, qui dépendent de la Nuclear Decommissioning Authority, ne seront pas concernées par cet organisme.

Parallèlement, le gouvernement va renforcer l'autorité de la surveillance nucléaire - le Nuclear Directorate (ND) auprès de la Health and Safety Executive - pour qu'elle puisse travailler plus rapidement et avec plus d'efficacité. Conjointement avec l'Environment Agency, le ND s'occupe déjà de la pré-certification de quatre systèmes de réacteurs différents pour de nouvelles centrales nucléaires. La procédure proprement dite de certification - le Generic Design Assessment (GDA) - commencera au printemps 2008 et durera trois ans environ.

Le gouvernement veut introduire ensuite en mars/avril 2008 une consultation sur le choix du site. Il part du principe que les investisseurs intéressés proposeront surtout des sites d'installations déjà existantes. La sélection de ce site devrait être achevée en automne 2009. On devrait disposer jusqu'à cette date, sur la base de projets concrets, de tous les autres éléments permettant de prendre les décisions politiques et économiques fondamentales sur la construction des nouvelles centrales nucléaires.

Si ces décisions sont positives pour l'énergie nucléaire, la procédure d'autorisation proprement dite pourrait commencer au milieu de 2011, une fois le «Generic Design Assessment» achevé. Du fait des études préliminaires et de la rationalisation de la procédure, tout ce processus devrait prendre considérablement moins de temps que tel n'était le cas jusqu'à présent, avec des procédures d'autorisation extrêmement laborieuses. Selon le Livre blanc, la construction de la première centrale nucléaire pourrait ainsi commencer au printemps 2013 et s'achever en 2018.

Soutien international

Les milieux industriels, parmi lesquels le groupe français Areva, n'ont pas manqué de se féliciter immédiatement de la décision sans ambiguïté du gouvernement britannique. Ils estiment que le calendrier est réaliste et que la mise en service industriel d'une première nouvelle centrale nucléaire britannique à partir de 2018 est faisable. D'autres pourraient suivre rapidement.

British Energy, exploitante des centrales nucléaires existantes, présentera dès le mois de mars 2008 des propositions concernant une à deux tranches. Dans sa prise de position, l'entreprise souligne qu'elle dispose de réserves de terrain suffisantes sur huit de ses sites nucléaires, sites que le Livre blanc sur l'énergie de 2007 considère comme particulièrement appropriés. Parmi les investisseurs internationaux éventuels, Electricité de France et les entreprises allemandes E.ON et RWE npower ont déjà confirmé leur intérêt. Les sociétés n'indiquent toutefois pas encore si elles présenteront leurs propres projets ou si elles opteront pour des participations.

Source

P.B./C.P. d’après un communiqué de presse du BERR du 10 janvier, NucNet du 11 janvier et The Hansard du 22 janvier 2008

Restez informé-e!

Abonnez-vous à notre newsletter

Vers l’abonnement à la newsletter

Profitez de nombreux avantages

Devenez membre du plus grand réseau nucléaire de Suisse!

Les avantages en tant que membre